Conversations

Olivier Bruzek

1er octobre 2018, 14 h 33 : Il y a plus d'un an, Olivier Bruzek, ancien rédacteur en chef au Point lançait Epistoire, un concept novateur qui propose à des enfants de recevoir par voie postale une histoire sous forme de lettres. Son entreprise à taille humaine a déjà séduit des centaines d'abonnés et réconcilié bon nombre d'enfants avec la lecture. Olivier a accepté de nous rencontrer pour évoquer la genèse d'Épistoire...

« J'ai une longue vie de journaliste derrière moi. Après 17 ans dans la profession, j'ai terminé ma carrière en tant que rédacteur en chef au Point et éditeur du site internet, porté par l'envie de faire autre chose. J'ai donc rejoint un cabinet juridique, mais l'écriture étant plus forte que tout, j'ai décidé de lancer « 10 001 mots », un magazine en ligne sur iPad selon le principe du « long reading », en proposant des papiers longs et qualitatifs. Finalement, ce projet n'a pas trouvé son marché... Je me suis alors souvenu d'une phrase qui a résonné en moi : « Les adultes ne sont pas prêts à payer pour eux ce qu'ils sont prêts à payer pour leurs enfants ». Cela coïncidait avec le moment où je lisais et j'inventais des histoires à mes enfants, que j'ai commencées à structurer, notamment les aventures d'Achille et Pénélope. Il ne restait plus qu’à les faire connaître... J'ai eu l'idée d'appeler des parents volontaires et de leur proposer de recevoir des histoires quotidiennes pour leurs enfants par SMS. J'ai testé ce projet auprès d'environ 300 familles pendant six mois. Les enfants étaient prêts à ce qu'on leur raconte des histoires de cette manière, et moi à me lancer : c'est à ce moment-là qu'est né Epistoire sur iPad et sur Android. Après une longue attente liée au développement, force a été de constater que ces applications ont été des échecs. 

Il faut dire qu'en parallèle, les parents commençaient à se méfier des écrans. J'ai donc décidé d'enregistrer ma voix... Sauf qu'entre temps, mes deux dernières filles ont fait une énième bêtise et ont été privées d'iPad : je n'avais donc plus la possibilité de leur lire les histoires. J'ai donc pensé à imprimer les textes, les mettre sous enveloppe, écrire leur nom au stylo plume, coller un vieux timbre dessus... Elles ont pris leurs enveloppes et se sont enfermées dans leur chambre pour lire. Le rituel s'est répété pendant plusieurs jours : c'est à ce moment-là que ma femme m'a dit que nous tenions quelque chose. En l'espace d'une semaine, nous avons mis le service au point : c'était il y a un an, à la fin du mois d'octobre 2017. Le démarrage d'Epistoire a été assez exceptionnel grâce à la proximité de Noël, au bouche-à-oreille et à un papier dans la presse. 

Notre concept est simple : les enfants reçoivent une histoire en différentes lettres, avec un épisode par jour, qu'ils transforment ensuite en livres. Il a fallu quasiment un an d'ajustements pour arriver à ces livrets qui donnent l'impression d'avoir un livre entre les mains. L'appropriation d'un ouvrage par un enfant est important, car il est toujours très fier de réussir à terminer un livre de plusieurs centaines de pages. Les enfants ne se rendent pas compte du volume de texte qu'ils lisent : une semaine de lecture équivaut à 50 pages, un mois à 200 pages... Aujourd'hui, nous envoyons nos lettres dans 33 pays et proposons différentes tranches d'âge, avec la promesse de leur donner le goût de la lecture. Notre touche personnelle ? Des histoires glissées dans une enveloppe manuscrite cachetée à la cire... »

Pour plus d'informations sur Épistoire ou pour s'abonner, rendez-vous sur https://epistoire.fr/

Julien Guerrier

5 avril 2018, 11 h 32 : Particulièrement attachée à promouvoir l'art contemporain, Louis Vuitton a récemment pris le parti de renouveler son approche du carnet de voyage avec « Travel Book », une collection qu'elle édite. La maison donne ainsi carte blanche à des artistes qui livrent leur propre vision d'une destination au travers de dessins, d’illustrations ou de peintures inédites. À la veille de la sortie des quatre prochains livres, « Cuba », « Prague », « Rome » et « Route 66 », Julien Guerrier, Directeur éditorial de Louis Vuitton, nous a reçues afin d'évoquer l'origine de ce projet, la collaboration avec les artistes et la manière dont cette collection réinvente le récit de voyage en s'appuyant sur « Route 66 », son coup de coeur.

« Louis Vuitton est une maison connue pour ses malles et sa maroquinerie, mais elle a également une activité d'éditeur, ce qui est quelque chose d'unique. Nous avons quatre collections tournées vers le voyage dont « Travel Book » qui a été lancée il y a cinq ans et qui compte désormais 17 titres. L’approche des travel books est assez simple. Nous nous sommes demandés comment nous pourrions réinventer le carnet de voyage au XXIe siècle en créant un bel objet et le concept de choisir un artiste et une destination, de mélanger deux cultures et des arts visuels différents, s’est naturellement imposé. Ainsi un auteur de mangas se rend à Venise, un peintre congolais à Paris tandis qu’un plasticien new-yorkais va sur l'île de Pâques ou un peintre chinois en Afrique du Sud... Nous amorçons une discussion avec eux, puisque l'idée de la collection est de laisser le dessin parler de lui-même, afin que le lecteur puisse l'interpréter comme il l'entend. Pour la plupart de ces titres, seule l'image apporte l'information, ce qui n'est pas si courant dans l'édition, où le dessin vient souvent en appui d'un discours, pour illustrer un propos. Nous souhaitons vraiment laisser passer les émotions de l'artiste, son regard sur une ville ou un pays en lui donnant carte blanche, ce qui fait que l'on feuillette ces livres comme on part en voyage. Cela en fait des objets singuliers, que tout le monde peut comprendre et qui ne plaisent pas forcément au même public d'un titre à l'autre.

Nous faisons en sorte de proposer deux-tiers de villes et un-tiers de destinations plus exotiques telles que l'île de Pâques, le Vietnam ou l’Arctique... Ce choix est le fruit d'une conversation entre nos équipes et l'artiste, qui doit avoir envie de s'investir dans un tel projet. Par exemple, je m'imaginais à l'origine envoyer Thomas Ott dans une ville comme Shanghaï, mais cela ne l'inspirait pas vraiment. Au fil de nos échanges, il a suggéré les États-Unis et la Route 66, car il est très empreint de cinéma américain et de polars noirs des années 1950. Son carnet fait honneur à sa technique de prédilection, la carte à gratter, qui consiste à sculpter des feuilles noires à l'aide d'une lame ciselée pour faire apparaître le blanc, ce qui représente un travail colossal. Nous y retrouvons des figures mythiques et l'imaginaire de la Route 66, les Blues Brothers, le motel, le petit-déjeuner à l'américaine... Il a structuré ce livre en chapitres pensés comme des escales sur la route, qui devient le personnage principal. Nous avons cette répétition des journées avec des lieux ou des choses insolites, nous sentons les paysages qui varient au fil des pages... Nous faisons vraiment le voyage avec lui, nous traversons tous les États-Unis, de Chicago à Los Angeles, pour nous retrouver à Santa Monica, face à la mer. »

Les quatre nouveaux titres de la collection « Travel Book » sont « Cuba » de Li Kunwu, « Prague » de Pavel Pepperstein, « Rome » de Miles Hyman et « Route 66 » de Thomas Ott. Ils seront disponibles au mois de mai dans les magasins Louis Vuitton, sur louisvuitton.com et dans une sélection de librairies au prix de 45 €.

Félix Libris

12 mars 2018, 14 h 01 : Un invité un peu particulier s'apprête à nous rejoindre dans l'espace café de The Bureau, dans le 8ème arrondissement. Il s'agit de Félix Libris, la star internationale de la lecture à voix haute, comme il aime se présenter. Véritable pionnier en la matière, ce « lecteur sonore » s'attache à faire découvrir (entre autres) les classiques de la littérature en se produisant aux quatre coins de la planète. Il nous évoque ses débuts, sa technique pour s'approprier un texte et en profite pour nous dévoiler les bases de la lecture à voix haute... Morceaux choisis.

« J'exerce un des plus vieux métiers au monde ! Lire à voix haute pour les autres, c'est quelque chose que j'aime faire depuis tout petit. Lorsque j'ai commencé, j'ai rencontré des gens qui se produisaient dans un bar, mais à l'époque c'était assez mal vu et considéré comme ringard. On assimilait toujours les lecteurs aux comédiens et pour cette confrérie-là, c'était une honte suprême de faire ça. Puis, l'époque a changé, notre métier s'est développé, on a eu de la presse, des partenaires qui nous ont soutenus. J'ai désormais une équipe et une structure avec la maison de production Les Livreurs, qui compte des lecteurs, des musiciens, des écrivains... Tout le monde peut nous commander une lecture ou une conférence, des princesses du Maroc ou de Monaco en passant par des ouvriers, des entreprises, des théâtres ou des particuliers.

 

Devenir lecteur sonore n'est pas si facile que ça. C'est un peu comme la photo : si n'importe qui est en mesure de faire une photo, dans mon cas tout le monde sait lire. Il y a donc une confusion de la part du public car lire à voix haute est accessible à tous, c'est l'interprétation qui n'est pas facile. C'est pour cela que le plus souvent, les gens qui rejoignent Les Livreurs sont des personnes que l'on a formées. Il est assez rare que l'on nous envoie une bande audio qui soit géniale... Ceci dit, c'est un métier qui peut s'apprendre. J'ai remarqué que le talent ne servait à rien au départ : les gens qui partent de rien progressent beaucoup mieux, vont se former... Le désir est un moteur essentiel. Pour lire à voix haute, la première chose à faire est d'essayer de lire comme on parle. Les personnes ont tendance à lire faux et à utiliser un « ton lecture » qui remonte à l'école. Pour le reste, c'est comme la musique : chaque auteur a son style et son rythme, mais la base est de savoir parler juste, de faire simple.

 

Par exemple, tous les enregistrements actuels de Proust s'apparentent davantage à une lecture où l'on entend une reproduction de l'ambiance feutrée que l'on imagine être celle de l'auteur, alors que ce qui compte n'est pas l'histoire mais le style. Proust possède une écriture que ne peut que soutenir une diction exaltée, parce qu'il n'y a que les gens exaltés qui font d'aussi longues phrases avec des apartés extrêmement précis et qui essaient de rassembler une idée en très peu de temps, comme ça. Je pense qu'il faut le lire de manière extrêmement vivante. Au contraire, un Romain Gary écrit très simplement et arrive à dire beaucoup de choses avec des phrases et des mots simples. Dans ce cas, il n'y a pas de rythmique particulière, il faut arriver à enlever toute fioriture et à pratiquer la « lecture parole ».

 

Ce métier m'amène à lire dans beaucoup de langues : russe, allemand, anglais, espagnol, italien ou même iranien, ce que j'ai fait récemment. Cela nécessite de l'entraînement et un coach qui donne l'accent. Le plus gros travail n'est pas la prononciation mais l'intention, ce qui fait que même si on ne lit pas toujours très bien, les gens nous comprennent. Pour ce qui est du choix d'un texte, ce n'est pas tant le lieu qui m'inspire mais plutôt le public. On se demande toujours qui est dans la salle, de quel genre de personnes il s'agit. Ce qui fait que lorsque je vais en prison, je ne vais pas lire un texte sur l'évasion ! Dans une maison de retraite, cela va être des classiques, des Maupassant, qui les rassurent et qu'ils connaissent. Je serais incapable de ne faire qu'une seule chose : le fait d'enseigner à La Sorbonne, de donner des masterclasses, d'être sur scène, de produire, tout cela m'intéresse. Je ne crois pas à l'idée baudelairienne de l'artiste seul, qui doit être isolé de tout pour créer. Je me rapproche davantage de la vision du 18ème siècle de l'artiste qui est ancré dans le réel, qui se rend compte qu'il y a des factures, une TVA... La vraie vie, en fin de compte ! »

 

Félix Libris se produit régulièrement dans le cadre des Solo Théâtre créés par les Livreurs. Seul en scène, il fait entendre une pièce de théâtre en une heure, avec sa voix comme unique alliée. Pour plus d'informations, rendez-vous sur www.leslivreurs.com.

Daniel Horowitz

17 janvier 2018, 15 h 53 : C’est en feuilletant le dernier numéro de Billebaude (N°11 - automne 2017), une revue éditée par la Fondation François Sommer et les éditions Glénat, que nous nous sommes remémorées le travail de l’artiste Daniel Horowitz, dont les œuvres exotiques et inclassables ont été remarquablement présentées dans le Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, dans le cadre de son exposition en 2016. Actuellement résident à La Cité des Arts, dans le quatrième arrondissement, il nous a semblé évident que nous devions profiter de notre proximité géographique pour nous rencontrer et évoquer la genèse de ce projet artistique, son processus créatif et son animal imaginaire fétiche.

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« Je me suis marié à Paris en 2010 et lors d’une balade dans le Marais, je suis tombé par hasard sur le Musée de la Chasse et de la Nature, qui a été une révélation. Je n'avais jusqu’alors jamais réalisé à quel point l'art contemporain au sein d’un musée historique pouvait être aussi passionnant... J’y suis retourné à l’occasion d’un autre voyage à Paris et j’ai déposé un livre de mes œuvres accompagné d’une note à l’attention du directeur, M. Claude d'Anthenaise, qui m’a contacté peu de temps après. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois jusqu’à la fin de l’année 2015 : c'est alors qu'il m’a commandé une série de dessins sur papier. 

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Le monde animalier a toujours été une source d'inspiration fondamentale dans mon travail et je pense que les animaux peuvent faire l’objet de métaphores parfaites pour de nombreuses idiosyncrasies humaines. Avant de me lancer dans la création de cette série de dessins, j’ai fait quelques recherches et me suis plongé dans l’univers de l’art de la chasse et de ses grands explorateurs, pour trouver les animaux adaptés à l'essence de chaque salle du musée. À travers cette ménagerie surréaliste, j'ai voulu explorer l'art de la chasse en tant que métaphore de   l’homme en quête de lui-même. L’objectif de cette commande était de manipuler des gravures et des aquarelles anciennes en exploitant leur style et leur technique, et ainsi de jouer avec l’œil du visiteur : est-ce une œuvre authentique ou y a-t-il eu intervention de l’artiste ? Le pouvoir des images sur la mémoire et la façon dont celles-ci peuvent la subvertir font partie intégrante de mon travail. 

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J'ai beaucoup aimé concevoir le Cyclops Lemuriformis, qui a nécessité que je travaille à partir de cinq gravures anciennes. Avec son œil en forme de queue, il est sans conteste le plus étrange de la série, et a bénéficié d’un emplacement rêvé, entre les arbalètes et les fusils du XVIème siècle ! Je n’avais jamais créé de tels artefacts et cette « carte blanche » donnée par la direction du musée s’est extrêmement bien passée. Je devais initialement livrer dix gravures et j’ai fini par en produire 20 en quatre mois. Fort heureusement, elles ont toutes trouvé une place de choix dans le musée. »

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Daniel Horowitz prépare en ce moment plusieurs projets artistiques à Paris. Pour le suivre, rendez-vous sur son compte Instagram.

Daphné Hézard

9 novembre 2017, 15 h 43 : L'agitation est à son comble dans la galerie du concept-store colette où la journaliste Daphné Hézard reçoit l'actrice Céline Sallette, son invitée du jour, à l'occasion de 3.55, son podcast pour Chanel. Les mardi et jeudi de novembre, à 15 h 55, Daphné aborde le thème de la créativité avec des artistes dans le cadre de l'événement CHANEL at colette. Une fois l'entretien terminé, les rôles s'inversent : c'est au tour de Daphné de nous parler de 3.55...

« Ce projet est venu à moi très naturellement puisque c'est la Maison Chanel qui m'a contactée pour me demander si j'aimerais animer un podcast à l'occasion de leur événement chez colette. Après plusieurs rendez-vous avec l'équipe, nous avons finalement décidé que ce serait le thème de la créativité qui guiderait tous mes entretiens : je questionne donc mes invités sur leurs rituels créatifs ou leurs inspirations. C'est un exercice assez nouveau pour moi, car même si j'ai fait un peu de radio pour Monocle, présenter 3.55 implique que je dois mener des entretiens avec des invités très différents.

Les personnalités que je reçois sont des amis de la Maison, qui assistent souvent aux défilés, aux soirées et aux événements. J'ai été assez surprise de voir qu'il s'agissait d'un panel extrêmement varié, puisque mes invités évoluent dans le monde de l'art, de la danse, du cinéma, de la musique ou de la mode. J'accueille deux personnalités par semaine, soit huit au total, au cours d'entretiens d'environ quarante minutes. Mon moment préféré est celui qui précède le début de l'enregistrement, quand je peux prendre le temps de faire connaissance et parler en aparté avec mes invités. Ça nous détend et cela permet de savoir qui on a en face de soi. Avec Céline Sallette, on a parlé de marché bio, de son primeur du 19ème arrondissement, de l'école alternative dans laquelle elle a scolarisé sa fille...

J'ai la chance d'être soutenue par l'équipe de Chanel, qui est très présente et par Nouvelles Ecoutes, la société de production qui m'aide dans la préparation de mes entretiens. C'est devenu une vraie routine car le rythme est intense du mardi au jeudi et une fois l'émission terminée, j'ai presque l'impression d'être en vacances ! Enfin, pas totalement puisqu'il m'arrive parfois de me surprendre à répéter l'introduction de 3.55 dans mon bain : Bienvenue à 3.55, le podcast de Chanel at colette... »

Événement CHANEL at colette, jusqu'au 25 novembre chez colette, 213, rue Saint-Honoré, Paris 1er.

À venir au micro de Daphné Hézard dans 3.55 :
Le musicien français Sébastien Tellier le 14 novembre ;
La danseuse étoile française et directrice de l'Opéra National de Paris Aurélie Dupont le 16 novembre ;
L'artiste américain Pharrell Williams le 21 novembre ;
Le groupe franco-cubain Ibeyi le 23 novembre.

Pour écouter 3.55, rendez-vous sur iTunes.

6 Lettres ou l'art de l'enseigne parisienne

22 février 2017, 14 h 30 : Perché sur son échelle, Julien, alias 6 Lettres, termine de réaliser une enseigne à la feuille de cuivre. Il nous a donné rendez-vous devant le 46, rue Madame, son dernier chantier situé dans le sixième arrondissement parisien, pour évoquer son travail de peintre en lettres.

Diplômé de l'école des Beaux-Arts de Nancy, Julien a pris le parti de faire honneur au métier de peintre en lettres, un art en perdition. Son choix n'avait pourtant rien d’une évidence, le marché étant très restreint et déjà occupé par une poignée d’artisans avec des dizaines d’années de métier à leur actif. « Après mes études, j’ai commencé à travailler pour un magazine parisien en tant que maquettiste. Mais si cette première expérience a été enrichissante, j'ai commencé à tourner en rond après quelques années… » Passionné par les enseignes d’antan et les techniques d’écriture artisanales, Julien décide alors de se familiariser avec la peinture en lettres et d'apprendre seul les gestes du métier.

« Les formations proposées enseignent les bases : j’ai donc appris petit à petit, en autodidacte ou en rencontrant des anciens du métier. En fonction des clients, je participe ou non à créer l’identité visuelle de la marque. Dans tous les cas, c’est passionnant. » Trois ans plus tard, le travail de Julien se retrouve sur les vitrines et les façades de nombreuses adresses en vue de la capitale, telles que la Maison Plisson, Holiday Café, Sarah Lavoine ou le Bar des Prés de Cyril Lignac. « J’ai parfois des projets plus inattendus, comme celui de peindre des chiffres dans une cage d’escalier parisienne ou de travailler pour l’Académie équestre de Versailles… » Gageons que ce n’est pas près de s’arrêter : avec un carnet de commandes rempli et des projets aux quatre coins de la France, l’année 2017 s’annonce chargée…

Auteur de nombreuses vitrines et enseignes peintes ou dorées à la feuilles d’or, son métier s’ouvre à tous les domaines proches de la lettre et de la décoration. Retrouvez le travail de Julien sur www.6lettres.com et sur son compte Instagram.

Marion Boucard

11 février 2016, 14 h 32 : Marion Boucard, performeuse, réalisatrice et fondatrice de l'agence de création de contenus Brand Contente nous accueille dans son appartement parisien surplombant le Square Saint-Ambroise. Des photos de pin-ups au mur, des bibelots vintage et une bibliothèque soigneusement agencée sont autant d'indices sur ses thèmes de prédilection, parmi lesquels figurent le féminisme, l'âge d'or d'Hollywood, le burlesque ou la ménagère des années 50. Cette figure lui a d'ailleurs inspiré sa dernière performance lors de l'exposition annuelle Experiences Art Fair, pendant laquelle des femmes ligotées à leur table à repasser s'en délivraient peu à peu – un vrai succès. À la veille de la diffusion de sa web-série, French Girls do it Better, elle nous parle des livres qui l'ont inspiré pour ce nouveau projet...

« Ce qui est agréable avec le livre Portraits de femmes singulières d'Audrey Pulvar, c'est qu'on peut se contenter de lire un paragraphe sur une nana avant de se coucher et s'endormir moins bête ! On y retrouve Marilyn Monroe, incontournable dans son statut de femme-objet et qui a vainement essayer de s'en détacher, Joséphine Baker et son parcours hyper intéressant avec son château dans le Sud de la France et tous ses enfants... Il y a une contradiction que j'aime dans la femme et dans l'actrice hollywoodienne, c'est qu'on cherche à les faire rentrer dans des cases, mais qu'elles se battent pour apporter des petites choses en plus. Katharine Hepburn était la première à mettre des pantalons, Joan Crawford a adopté des enfants en étant célibataire dans les années 50, ce qui était très mal vu... À leur manière, ces femmes ont réussi à faire bouger les choses, et c'est ce que j'aimerais mettre en valeur dans une pièce de théâtre immersive, qui verra le jour dans un futur plus ou moins lointain !


En attendant, j'ai créé cette chaîne, French Girls do it Better, qui s'adresse à un public américain qui semble en manque de culture de style. C'est une constatation que j'ai faite en lisant énormément de livres en anglais qui prônent la perfection de la femme française... Ça m'a interpellé. J'ai tout de suite su qu'il y avait quelque chose à faire avec les filles du burlesque parce qu'elles sont autodidactes et qu'elles ont énormément apporté à l'émancipation féminine : elles assument leur corps et elles aiment le montrer tel qu'il est. Les filles que j'ai choisies sont toutes très jolies, de morphologies différentes et elles savent se mettre en valeur. Je n'ai pas choisi de prendre cet angle parisien, qui a déjà été trop repris, surtout avec la sortie de How To Be Parisian Wherever You Are. En plus, la Parisienne y est décrite comme androgyne, peu aimable, parfois malpolie... Je pense qu'on peut assumer d'être féminine et apporter du contenu positif. Pour l'instant, j'ai produit quatre épisodes de French Girls et les « leçons de français » , des vidéos très courtes que j'ai coécrit avec Ambre Larrazet, une comédienne et auteur que j'aime beaucoup. Je trouve qu'on arrive à manier ce côté glamour et humour qui fait partie de l'identité de ma boîte et de tous les travaux que j'ai pu faire. Cela fait déjà un an que j'ai commencé à travailler sur ce projet. Il y a un temps d'incubation, de réflexion hyper important, beaucoup de choix à faire. J'ai eu la chance d'être soutenue par mes proches et d'avoir eu un excellent retour de la part de grandes chaînes. Les teasers attirent déjà des gens qui veulent apprendre le français avec humour ; il reste maintenant à les ouvrir à un collectif de filles élégantes, stylées, qui ont envie de partager ça. »

Suivez French Girls do it Better sur FacebookInstagram et YouTube

16/02/2016 : Premier épisode "La manif' pour tout!"

19/02/2016 : Deuxième épisode "La terrasse"

En parallèle de son métier de directrice de création chez Brand Contente, Marion Boucard est correspondante parisienne pour la start-up Tropolis (UK) depuis 2011 et chef de rubrique spectacle vivant du magazine mode et lifestyle Standard depuis janvier 2014.