Julien Guerrier

5 avril 2018, 11 h 32 : Particulièrement attachée à promouvoir l'art contemporain, Louis Vuitton a récemment pris le parti de renouveler son approche du carnet de voyage avec « Travel Book », une collection qu'elle édite. La maison donne ainsi carte blanche à des artistes qui livrent leur propre vision d'une destination au travers de dessins, d’illustrations ou de peintures inédites. À la veille de la sortie des quatre prochains livres, « Cuba », « Prague », « Rome » et « Route 66 », Julien Guerrier, Directeur éditorial de Louis Vuitton, nous a reçues afin d'évoquer l'origine de ce projet, la collaboration avec les artistes et la manière dont cette collection réinvente le récit de voyage en s'appuyant sur « Route 66 », son coup de coeur.

« Louis Vuitton est une maison connue pour ses malles et sa maroquinerie, mais elle a également une activité d'éditeur, ce qui est quelque chose d'unique. Nous avons quatre collections tournées vers le voyage dont « Travel Book » qui a été lancée il y a cinq ans et qui compte désormais 17 titres. L’approche des travel books est assez simple. Nous nous sommes demandés comment nous pourrions réinventer le carnet de voyage au XXIe siècle en créant un bel objet et le concept de choisir un artiste et une destination, de mélanger deux cultures et des arts visuels différents, s’est naturellement imposé. Ainsi un auteur de mangas se rend à Venise, un peintre congolais à Paris tandis qu’un plasticien new-yorkais va sur l'île de Pâques ou un peintre chinois en Afrique du Sud... Nous amorçons une discussion avec eux, puisque l'idée de la collection est de laisser le dessin parler de lui-même, afin que le lecteur puisse l'interpréter comme il l'entend. Pour la plupart de ces titres, seule l'image apporte l'information, ce qui n'est pas si courant dans l'édition, où le dessin vient souvent en appui d'un discours, pour illustrer un propos. Nous souhaitons vraiment laisser passer les émotions de l'artiste, son regard sur une ville ou un pays en lui donnant carte blanche, ce qui fait que l'on feuillette ces livres comme on part en voyage. Cela en fait des objets singuliers, que tout le monde peut comprendre et qui ne plaisent pas forcément au même public d'un titre à l'autre.

Nous faisons en sorte de proposer deux-tiers de villes et un-tiers de destinations plus exotiques telles que l'île de Pâques, le Vietnam ou l’Arctique... Ce choix est le fruit d'une conversation entre nos équipes et l'artiste, qui doit avoir envie de s'investir dans un tel projet. Par exemple, je m'imaginais à l'origine envoyer Thomas Ott dans une ville comme Shanghaï, mais cela ne l'inspirait pas vraiment. Au fil de nos échanges, il a suggéré les États-Unis et la Route 66, car il est très empreint de cinéma américain et de polars noirs des années 1950. Son carnet fait honneur à sa technique de prédilection, la carte à gratter, qui consiste à sculpter des feuilles noires à l'aide d'une lame ciselée pour faire apparaître le blanc, ce qui représente un travail colossal. Nous y retrouvons des figures mythiques et l'imaginaire de la Route 66, les Blues Brothers, le motel, le petit-déjeuner à l'américaine... Il a structuré ce livre en chapitres pensés comme des escales sur la route, qui devient le personnage principal. Nous avons cette répétition des journées avec des lieux ou des choses insolites, nous sentons les paysages qui varient au fil des pages... Nous faisons vraiment le voyage avec lui, nous traversons tous les États-Unis, de Chicago à Los Angeles, pour nous retrouver à Santa Monica, face à la mer. »

Les quatre nouveaux titres de la collection « Travel Book » sont « Cuba » de Li Kunwu, « Prague » de Pavel Pepperstein, « Rome » de Miles Hyman et « Route 66 » de Thomas Ott. Ils seront disponibles au mois de mai dans les magasins Louis Vuitton, sur louisvuitton.com et dans une sélection de librairies au prix de 45 €.