Iris de Moüy

9 mars 2018, 10 h 03 : Difficile de ne pas tomber sous le charme de l'univers d'Iris de Moüy. Ses illustrations épurées, espiègles et au trait sûr ont déjà conquis le monde entier, de Tokyo à Paris, à coup d'expositions et de collaborations. Loin de se cantonner à la seule activité de dessinatrice, Iris a choisi de distiller sa vision féministe au travers de livres pour enfants, qu'elle écrit et illustre. Elle nous a invitées dans son atelier pour nous présenter « Tutti Frutti », son dernier ouvrage, à la veille de sa sortie.

« J'écris beaucoup pour L'école des loisirs, notamment la collection « Mouche » qui regroupe les premiers romans pour les enfants qui commencent à lire seuls. Je suis auteure de tous mes livres mais je n'ai pas de formation littéraire, donc cela reste une espèce d'imbrication entre images et textes qui s'apparente davantage à un esprit qu'à une écriture. Je suis très portée par ma maison d'édition et j'ai davantage la sensation d'avoir des choses à exprimer que de faire une prouesse d'écrivaine. J'ai eu envie de me lancer avec une première histoire pour les plus grands. J'ai donc commencé à développer ce personnage de petite fille au travers d'un premier tome, « Drôle de fille ». J'avais encore envie d'avancer avec elle, car du fait du format du livre, je ne pouvais pas tout développer en un seul roman... D'où l'idée de « Tutti Frutti » ! Il y en aura sans doute un troisième, après je passerai à autre chose. J'avais vraiment à cœur de montrer une héroïne qui ne soit pas stéréotypée dans un genre. Même si cela paraît très actuel, la littérature de jeunesse reste un univers conformiste dans lequel il y a énormément de codes, aussi bien en ce qui concerne la narration que les personnages.

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Je suis extrêmement féministe et j'essaie toujours d'apporter un point de vue un peu différent sur la liberté de l'imagination ou le genre... Ce sont vraiment des choses qui me tiennent à cœur. J'ai toujours cette idée de montrer un garçon qui peut être sensible avec des caractéristiques dites féminines, et vice-versa. Dans ce nouveau livre, l'héroïne n'appréhende pas le monde comme tous les autres, elle est enthousiaste et libre mais est parfois confrontée à des épreuves difficiles, telles que le divorce de ses parents. J'aime montrer ces événements en me mettant dans la peau des enfants, qui n'ont pas notre regard trivial sur la vie.

Lorsque j'écris un livre, je pars toujours d'une idée visuelle. Pour le premier tome, c'était une petite fille qui arrive en sorcière dans une fête d'anniversaire où toutes ses camarades sont plutôt déguisées en princesses. Pour « Tutti Frutti », je suis partie du chewing-gum : c'est une image séduisante qui a un côté interdit et transgressif... C'est un peu le Graal à cet âge-là. J'imbrique ensuite cette image dans ce que j'ai à raconter. Comme j'ai à la fois la main sur le texte et sur les illustrations, il y a des moments où je choisis de dessiner quelque chose plutôt que de l'exprimer par des mots, ce qui est très agréable. C'est pour cela que je refuse quasiment tous les projets où l'on me demande d'illustrer un texte, à moins que cela colle vraiment à mon univers. Dans tous les cas, j'aime que le texte raconte quelque chose qui soit enrichi par le dessin. C'est une vision très ancrée à L’école des loisirs, qui a autant de respect pour les illustrations que pour l'écriture. »

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« Tutti Frutti » d'Iris de Moüy, sortie le 14 mars 2018 à L'école des loisirs. Iris de Moüy sera en dédicace à la librairie parisienne Chantelivre le samedi 24 mars de 11 h à 13 h.