Victoire de Taillac

8 novembre 2017, 14 h 03 : Victoire de Taillac nous sert un expresso et un « tout petit chocolat chaud » au comptoir du Grand Café Tortoni. Tout juste installé au 45, rue de Saintonge, dans le 3ème arrondissement, le nouvel écrin de l'Officine Universelle Buly concentre toutes les lubies du couple Taillac-Touhami, les fondateurs du lieu, puisqu'il est à la fois boutique, café, fleuriste et showroom, et propose même des onigiris, des petits en-cas tout droit venus du Japon. Victoire nous reçoit pour nous parler de son premier livre, « An Atlas of Natural Beauty », co-écrit avec son mari Ramdane, qui s'inscrit dans la démarche de beauté naturelle et universelle prônée par Buly.

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« Chez Buly, nous avons toujours fait attention à la façon dont nous parlons de beauté. Nous avons lancé notre catalogue en même temps que la première boutique de la rue Bonaparte. Il recense tous les ingrédients que nous vendons ainsi que leurs usages et a énormément contribué au succès de Buly. Le fait que nous abordions la beauté différemment, de manière « intelligente », a attisé la curiosité des gens et a tout de suite trouvé un écho. Nous éditons le catalogue une fois par an et même s'il n'est jamais aussi parfait que je le voudrais, rien ne me fait plus plaisir que de voir des clients rentrer dans une de nos boutiques avec leur exemplaire annoté et rempli de post-its... Nous avons suscité l'intérêt de plusieurs éditeurs dès le début et on s'est dit qu'il serait intéressant de raconter la beauté et de l'illustrer d'une façon différente, en l'inscrivant dans l'univers de Buly.

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Dans « An Atlas of Natural Beauty », l'idée était d'expliquer l'origine botanique de chaque ingrédient, comme le ferait une encyclopédie de vulgarisation, ainsi que son usage cosmétique traditionnel. Par exemple, j'ai découvert en écrivant ce livre que l'huile d'abricot est utilisée par les Hunzas, une tribu pakistanaise qui en fait un usage extraordinaire et où les femmes sont connues pour leur beauté et leur peau. On explique aussi comment est récupéré l'ingrédient, comment on peut juger de sa qualité et quels sont ses bienfaits, de manière très matter of fact. Comme je suis une grande adepte de la simplicité, j'explique comment on peut l'utiliser pur et je propose des idées de recettes pour donner envie d'expérimenter : ce modus operandi intervient pour les 80 ingrédients du livre. L'idée était de couvrir tous les endroits du monde et de ne pas se contenter de présenter uniquement des choses que l'on vend. J'ai voulu que le livre dépasse le cadre de Buly pour donner envie aux lecteurs d'utiliser des ingrédients que l'on peut trouver dans son jardin ou au marché. La beauté est un moyen extraordinaire de voyager car elle conserve une dimension très culturelle et locale. Je trouve que l'une des meilleures manières de découvrir un pays est d'aller essayer leurs soins ou de se balader au bazar, car il s'agit d'une des rares choses qui ne se sont pas globalisées.

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Ramdane et moi-même avons travaillé sur ce livre pendant presque deux ans. Nous avons commencé à rédiger une première partie pendant six mois, que l'on a laissé reposer avant de s'y remettre, ce qui m'a permis de savoir ce que j'aimais et ce que je n'aimais pas. Ce livre nous a amenés à réfléchir sur la façon dont nous voyons la beauté. Nous avons défini ce qu'était pour nous la beauté au naturel, quels sont les gestes à adopter, ce qu'il faut avoir dans sa salle de bains... J'accorde beaucoup d'importance au fait d'expérimenter. La beauté naturelle consiste à apprendre à faire les choses, à prendre du plaisir à prendre soin de soi ou des gens qu'on aime... Pourquoi aurait-on besoin d'acheter un produit tout fait dont on n'est pas très sûr de la composition ? Je comprends que l'on achète un parfum, que l'on ait du plaisir à appliquer une crème mais il n'y a rien de plus efficace qu'un masque ou un exfoliant que l'on a préparé soi-même, d’autant plus lorsque l’on a conscience de sa composition exacte.

J'ai appris énormément de choses au cours de l'écriture de ce livre, notamment en ce qui concerne les usages que l'on peut faire de tel ou tel ingrédient. Je possède une grande collection d'ouvrages anciens et en les lisant, je suis tombée sur des conseils qui prouvent que l'on ne se prend vraiment pas la tête en matière de routine beauté... Mes préférés ? « Ramasser la rosée des raisins le matin en septembre », « aller chercher de l'eau de rivière pour son bain »... On peut facilement imaginer que cette opération nécessitait l'aide de plusieurs assistants ! Il me semble que nous avons inclus quelques recettes anciennes dans le livre, comme celle de Lola Montès pour les mains... Mais je vous rassure, nous les avons remises au goût du jour ! »

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« An Atlas of Natural Beauty » par Victoire de Taillac et Ramdane Touhami, aux éditions Ebury Press. Déjà disponible sur Buly1803.com au prix de 20 euros.