Dominique Choulant

21 septembre 2018, 11 heures 18 : Dominique Choulant nous invite à lire son dernier roman Rudolph Valentino, un amour d’antan, une histoire d'amour qui se déroule dans les années 1920, entre le premier sex-symbol masculin du cinéma muet, Rudolph Valentino, et un jeune homme inconnu, Monsieur Gabriel, qui a fait de Dominique Choulant son témoin vivant. La plume délicate et bienveillante de Dominique nous a captivées, nous pouvions facilement imaginer la voix de Rudolph Valentino, que le cinéma parlant n'a malheureusement pas eu le temps de faire entendre... Merci Dominique pour cette belle histoire, que nous espérons voir un jour sur grand écran. A lire de préférence dans un endroit public, à la terrasse d'un café, non loin de l'Opéra... 

Dominique Choulant est l’auteur de plusieurs biographies d’actrices (Marilyn Monroe, Brigitte Bardot, Martine Carol, Isabelle Adjani, Marion Cotillard). Il a également publié trois romans et une pièce de théâtre. Rudolph Valentino, un amour d’antan (Editions Ex AEquo) est son quatrième roman. 

Olivier Bruzek

1er octobre 2018, 14 h 33 : Il y a plus d'un an, Olivier Bruzek, ancien rédacteur en chef au Point lançait Epistoire, un concept novateur qui propose à des enfants de recevoir par voie postale une histoire sous forme de lettres. Son entreprise à taille humaine a déjà séduit des centaines d'abonnés et réconcilié bon nombre d'enfants avec la lecture. Olivier a accepté de nous rencontrer pour évoquer la genèse d'Épistoire...

« J'ai une longue vie de journaliste derrière moi. Après 17 ans dans la profession, j'ai terminé ma carrière en tant que rédacteur en chef au Point et éditeur du site internet, porté par l'envie de faire autre chose. J'ai donc rejoint un cabinet juridique, mais l'écriture étant plus forte que tout, j'ai décidé de lancer « 10 001 mots », un magazine en ligne sur iPad selon le principe du « long reading », en proposant des papiers longs et qualitatifs. Finalement, ce projet n'a pas trouvé son marché... Je me suis alors souvenu d'une phrase qui a résonné en moi : « Les adultes ne sont pas prêts à payer pour eux ce qu'ils sont prêts à payer pour leurs enfants ». Cela coïncidait avec le moment où je lisais et j'inventais des histoires à mes enfants, que j'ai commencées à structurer, notamment les aventures d'Achille et Pénélope. Il ne restait plus qu’à les faire connaître... J'ai eu l'idée d'appeler des parents volontaires et de leur proposer de recevoir des histoires quotidiennes pour leurs enfants par SMS. J'ai testé ce projet auprès d'environ 300 familles pendant six mois. Les enfants étaient prêts à ce qu'on leur raconte des histoires de cette manière, et moi à me lancer : c'est à ce moment-là qu'est né Epistoire sur iPad et sur Android. Après une longue attente liée au développement, force a été de constater que ces applications ont été des échecs. 

Il faut dire qu'en parallèle, les parents commençaient à se méfier des écrans. J'ai donc décidé d'enregistrer ma voix... Sauf qu'entre temps, mes deux dernières filles ont fait une énième bêtise et ont été privées d'iPad : je n'avais donc plus la possibilité de leur lire les histoires. J'ai donc pensé à imprimer les textes, les mettre sous enveloppe, écrire leur nom au stylo plume, coller un vieux timbre dessus... Elles ont pris leurs enveloppes et se sont enfermées dans leur chambre pour lire. Le rituel s'est répété pendant plusieurs jours : c'est à ce moment-là que ma femme m'a dit que nous tenions quelque chose. En l'espace d'une semaine, nous avons mis le service au point : c'était il y a un an, à la fin du mois d'octobre 2017. Le démarrage d'Epistoire a été assez exceptionnel grâce à la proximité de Noël, au bouche-à-oreille et à un papier dans la presse. 

Notre concept est simple : les enfants reçoivent une histoire en différentes lettres, avec un épisode par jour, qu'ils transforment ensuite en livres. Il a fallu quasiment un an d'ajustements pour arriver à ces livrets qui donnent l'impression d'avoir un livre entre les mains. L'appropriation d'un ouvrage par un enfant est important, car il est toujours très fier de réussir à terminer un livre de plusieurs centaines de pages. Les enfants ne se rendent pas compte du volume de texte qu'ils lisent : une semaine de lecture équivaut à 50 pages, un mois à 200 pages... Aujourd'hui, nous envoyons nos lettres dans 33 pays et proposons différentes tranches d'âge, avec la promesse de leur donner le goût de la lecture. Notre touche personnelle ? Des histoires glissées dans une enveloppe manuscrite cachetée à la cire... »

Pour plus d'informations sur Épistoire ou pour s'abonner, rendez-vous sur https://epistoire.fr/

Rachel Vanier

11 avril 2018, 10 h 06 : Romancière, Rachel Vanier est en train d’écrire son troisième ouvrage, à peine un an après la sortie de son dernier livre, « Écosystème » (Intervalles, 2017), qui traite de sujets complexes tels que la génération start-up et l’ambition. Elle a accepté de répondre à nos questions juste avant d’attaquer sa journée à Station F., dont elle est la directrice de communication. 

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« Je viens d’une famille littéraire, mon père et ma grand-mère étaient professeurs de lettres, c’est un petit déterminisme familial. L’écriture dans un contexte professionnel est venue un peu plus tard, d’abord par le biais d'un blog, que j'ai créé lorsque je suis partie étudier au Cambodge. En rentrant, je me suis lancée en écrivant un roman, « Hôtel International » (Intervalles, 2015). Pour l'écrire, j'ai suivi mon intuition et j'ai appris plus tard qu'il existait deux écoles d’écrivains : ceux qui commencent par le premier chapitre et qui se laissent porter par les personnages, et ceux qui font des plans détaillés, dont je fais partie. Je pense que l’idée de départ d’un bon livre émerge de quelque chose qui te prend par les tripes, d’une réflexion sur l’être humain comme l’ambition personnelle avec « Écosystème ». Pour l'écrire, j’ai lu beaucoup de romans qui retracent les parcours de personnalités ambitieuses ainsi que des ouvrages sur la psychologie, histoire d’infuser pleinement cette notion d’ambition dans mon livre. J'ai mis moins de six mois pour l'écrire après mon expérience chez E-Founders à San Francisco. 

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« Écosystème » retrace l’histoire de Marianne et Lucas, deux amis d’enfance qui décident de tout plaquer pour créer leur start-up, sans savoir comment s’y prendre. Ils incarnent un peu les anti-héros de l’entrepreneuriat et traversent toutes les épreuves auxquelles peuvent être confrontés les entrepreneurs d’aujourd’hui. Au travers de toutes leurs péripéties rocambolesques entre Paris et San Francisco, on suit surtout leurs parcours psychologiques : quelles sont leurs motivations, d’où viennent leurs ambitions individuelles... Avant d'écrire ce livre, je travaillais dans l'entreprise de mon boss, qui avait revendu sa précédente entreprise 800 millions de dollars et j’étais entourée d’individus dont l'objectif était de créer leur start-up et la valoriser à 1 milliard de dollars... Cela me travaillait et je voulais comprendre leurs motivations. J’ai finalement réalisé que je connaissais assez bien ce milieu et que très peu de personnes l’avaient raconté sous la forme d’une fiction où chacun peut se projeter, avec des vérités que l'on peut se réapproprier.

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Pour l’anecdote, le titre de mon roman fait référence au jargon des start-up. Au lieu de dire le « milieu des start-up », ceux qui en font partie utilisent le mot « écosystème ». Selon moi, la résilience et l’optimisme sont deux traits de caractère fondamentaux pour réussir dans l’écosystème. L’entrepreneur ne baisse jamais les bras et transforme chaque obstacle en opportunité. Je suis plus touchée par les gens qui montent leur entreprise que par les produits créés, particulièrement par ceux qui évoluent dans les domaines de la santé et de l’environnement. Avec Station F, nous venons de coproduire un documentaire qui s’appelle Foundation, sorti début avril. On suit des entrepreneurs dont Meet My Mamma, qui est un service de talents culinaires, des « mamas banlieusardes » que sa créatrice, Loubna Ksibi, va chercher afin de leur trouver des revenus réguliers. Ces femmes qui sont déjà douées pour la cuisine deviennent petit à petit de vraies businesswomen et c’est assez incroyable. D’une manière générale, j’admire beaucoup les personnes qui quittent leur confort pour créer leurs boîtes. L'écosystème est un milieu empli d’enthousiastes avec un petit grain de folie, ça m'inspire énormément au quotidien. »

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« Écosystème » de Rachel Vanier, paru aux éditions Intervalles (2017). Pour suivre toutes ses actualités, rendez-vous sur son site internet

Magali Perruchini

9 mars 2018, 11 h 28 : Fondatrice du blog Les Mains Baladeuses, Magali Perruchini part à la rencontre d'artisans talentueux et lève le voile sur leurs savoir-faire parfois méconnus, souvent ancestraux. Elle vient de publier son premier livre, « Nouveaux Artisans, portrait d’une génération qui bouscule les codes »,  animée par la volonté de présenter un panorama de cette génération qui incarne le nouveau visage de l'artisanat français. Nous lui avons donné rendez-vous à l'Hôtel du Temps, dans le 9ème arrondissement, afin qu'elle nous évoque son projet.

« J'ai une véritable passion pour les livres qui ont notamment eu une fonction salvatrice dans mon enfance. Cela faisait très longtemps que j'avais envie d'en écrire un et l'idée de mettre en avant des savoir-faire et des artisans s'est naturellement imposée, car cela fait plus de 3 ans que je pars à la rencontre d’artisans grâce à mon blog, Les Mains Baladeuses. Il y a deux ans, j’ai également réalisé, aux côtés de Lucile Grémion, un Tour de France d’un mois à la rencontre d’artisans, et ce à bord d'une 4L de 1986 ! Cette fois-ci, j’avais envie de redonner la parole à cette nouvelle génération d’artisans en faisant un livre-témoin de leurs motivations et de ce que ce retour à l’artisanat dit de notre société en mutation. Ils sont céramiste, peintre en lettres, préparateurs motos, sérigraphe, distillateur... Les vingt-cinq artisans que j'ai rencontrés dans le cadre du livre ont pour point commun d’être des entrepreneurs et d’avoir fait le choix d’exercer une activité manuelle. Par ailleurs, tout en conservant la tradition de leur métier, ils réussissent à l’inscrire pleinement dans la modernité.

Le livre est écrit sous forme de témoignages, ce qui permet aux artisans de livrer leur propre parole. Ils y évoquent leur savoir-faire mais aussi le lien particulier qui les unit à leur activité, leur rapport à la matière, leur engagement dans la voie artisanale, leur philosophie de vie... Portrait après portrait, les témoignages dessinent le contour de nouvelles aspirations qui infusent dans notre société – revenir à plus de simplicité, d’authenticité, de « vrai » – aussi bien en tant que travailleur qu’en tant que consommateur. Ce sont ces valeurs que je voulais partager à travers leurs paroles et leur activité. Pour moi, s’interroger sur l’artisanat, c’est s’interroger sur la nature de l’être humain. Avec la segmentation du travail, le basculement dans une société de service et la numérisation de nos activités, nous évoluons dans un monde d’information, déconnecté de la matière. Résultat, bon nombre de travailleurs veulent redonner du sens à leur profession en revenant à du concret et en maîtrisant la chaîne de A à Z. Comme le dit Jeremy Maxwell Wintrebert : « Il est important de reconnecter l’esprit à la matière. » Pour aller plus loin, j’ai eu à cœur de faire appel à un préfacier – Jean-Laurent Cassely, auteur de « La révolte des premiers de la classe » aux Editions Arkhê – et à un postfacier – Pierre-Yves Gomez, professeur et auteur, entres autres, de « Intelligence du travail » aux Editions Desclée de Broywer. Dans son livre, Jean-Laurent Cassely s'interroge sur les raisons qui nous poussent à quitter nos bullshit jobs pour ouvrir des foodtrucks, des commerces de proximité ou devenir artisan. Je suis très heureuse et reconnaissante qu'ils aient accepté de participer à ce projet !

Chaque personne rencontrée est marquante, mais le savoir-faire du souffleur de verre m’a particulièrement émue. Il s'agit d'un savoir-faire très éprouvant physiquement, qui demande une concentration de chaque seconde et ne pardonne aucune erreur. Le cycloplombier est très touchant lui aussi, car il désire redorer l’image du plombier et il travaille pour réhabiliter la notion de service. Il voit son activité comme un moyen de faire sa part et de rendre les gens heureux. Dans le fond, c'est un peu ce que chacun d'entre eux souhaite : faire ce qu’ils aiment mais toujours dans l’optique de faire plaisir à autrui, dans une démarche d'éthique et de respect. J’aime beaucoup citer Christophe Vasseur, ancien commercial dans la mode devenu boulanger, qui dit :  « Réussir, c’est à mes yeux le sentiment d’être à sa place en faisant quelque chose que l’on fait bien et qui est utile aux autres. » »

« Nouveaux Artisans, portrait d’une génération qui bouscule les codes » de Magali Perruchini, aux éditions Eyrolles, déjà disponible au prix de 28 €. Pour plus d'informations, rendez-vous ici.

Julien Guerrier

5 avril 2018, 11 h 32 : Particulièrement attachée à promouvoir l'art contemporain, Louis Vuitton a récemment pris le parti de renouveler son approche du carnet de voyage avec « Travel Book », une collection qu'elle édite. La maison donne ainsi carte blanche à des artistes qui livrent leur propre vision d'une destination au travers de dessins, d’illustrations ou de peintures inédites. À la veille de la sortie des quatre prochains livres, « Cuba », « Prague », « Rome » et « Route 66 », Julien Guerrier, Directeur éditorial de Louis Vuitton, nous a reçues afin d'évoquer l'origine de ce projet, la collaboration avec les artistes et la manière dont cette collection réinvente le récit de voyage en s'appuyant sur « Route 66 », son coup de coeur.

« Louis Vuitton est une maison connue pour ses malles et sa maroquinerie, mais elle a également une activité d'éditeur, ce qui est quelque chose d'unique. Nous avons quatre collections tournées vers le voyage dont « Travel Book » qui a été lancée il y a cinq ans et qui compte désormais 17 titres. L’approche des travel books est assez simple. Nous nous sommes demandés comment nous pourrions réinventer le carnet de voyage au XXIe siècle en créant un bel objet et le concept de choisir un artiste et une destination, de mélanger deux cultures et des arts visuels différents, s’est naturellement imposé. Ainsi un auteur de mangas se rend à Venise, un peintre congolais à Paris tandis qu’un plasticien new-yorkais va sur l'île de Pâques ou un peintre chinois en Afrique du Sud... Nous amorçons une discussion avec eux, puisque l'idée de la collection est de laisser le dessin parler de lui-même, afin que le lecteur puisse l'interpréter comme il l'entend. Pour la plupart de ces titres, seule l'image apporte l'information, ce qui n'est pas si courant dans l'édition, où le dessin vient souvent en appui d'un discours, pour illustrer un propos. Nous souhaitons vraiment laisser passer les émotions de l'artiste, son regard sur une ville ou un pays en lui donnant carte blanche, ce qui fait que l'on feuillette ces livres comme on part en voyage. Cela en fait des objets singuliers, que tout le monde peut comprendre et qui ne plaisent pas forcément au même public d'un titre à l'autre.

Nous faisons en sorte de proposer deux-tiers de villes et un-tiers de destinations plus exotiques telles que l'île de Pâques, le Vietnam ou l’Arctique... Ce choix est le fruit d'une conversation entre nos équipes et l'artiste, qui doit avoir envie de s'investir dans un tel projet. Par exemple, je m'imaginais à l'origine envoyer Thomas Ott dans une ville comme Shanghaï, mais cela ne l'inspirait pas vraiment. Au fil de nos échanges, il a suggéré les États-Unis et la Route 66, car il est très empreint de cinéma américain et de polars noirs des années 1950. Son carnet fait honneur à sa technique de prédilection, la carte à gratter, qui consiste à sculpter des feuilles noires à l'aide d'une lame ciselée pour faire apparaître le blanc, ce qui représente un travail colossal. Nous y retrouvons des figures mythiques et l'imaginaire de la Route 66, les Blues Brothers, le motel, le petit-déjeuner à l'américaine... Il a structuré ce livre en chapitres pensés comme des escales sur la route, qui devient le personnage principal. Nous avons cette répétition des journées avec des lieux ou des choses insolites, nous sentons les paysages qui varient au fil des pages... Nous faisons vraiment le voyage avec lui, nous traversons tous les États-Unis, de Chicago à Los Angeles, pour nous retrouver à Santa Monica, face à la mer. »

Les quatre nouveaux titres de la collection « Travel Book » sont « Cuba » de Li Kunwu, « Prague » de Pavel Pepperstein, « Rome » de Miles Hyman et « Route 66 » de Thomas Ott. Ils seront disponibles au mois de mai dans les magasins Louis Vuitton, sur louisvuitton.com et dans une sélection de librairies au prix de 45 €.

Mark Alizart

20 mars 2018, 16 h 02 : Difficile d'échapper au chien en ce début d'année 2018. Quelques jours après la sortie du film éponyme de Samuel Benchetrit, nous rencontrons Mark Alizart, auteur du bien-nommé « Chiens », qui revient sur son amour inconditionnel pour cet animal. Il nous accueille chez lui, en compagnie de Maître Eckhart, son nouveau compagnon et fidèle gardien. Au programme, une longue discussion autour du chien sur fond de musique classique et d’hojicha, dont voici un extrait. 

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« Ce livre entretient une relation assez profonde avec la nature, avec l'idée que celle-ci est une entité en soi, une conscience, une personne. Cette idée m’est venue en écrivant mon précédent livre, Informatique Céleste. Après sa parution, j’ai cherché un moyen d’y rester fidèle. Ca a d’abord consisté à devenir plus écolo, voire végétarien, à changer mes habitudes, mes envies, puis à carrément changer de métier et de vie... Avant que je ne réalise que la nature est vraiment très bien faite car elle a inventé les chiens, qui sont des passeurs entre elle et nous, des ambassadeurs de la nature auprès de nous. Ça a été le point de départ de mon histoire d'amour avec les chiens. Mais c’est vraiment quand j’ai perdu le chien que j’avais adopté, Martin Luther, mon basset, que j'ai commencé à écrire « Chiens », comme une lettre que je voulais lui adresser. 

Les chiens sont victimes d’une grande injustice. Bien qu’on affirme à tout bout de champ que le chien est « le meilleur ami de l'homme », il n'existe pas de roman, d’œuvre d'art ou de monument digne de lui. Plus encore, quand on regarde les chiens dans la culture on s'aperçoit qu'ils sont non seulement absents, mais aussi ridiculisés. Et même quand il s'agit de personnages positifs comme Lassie ou Rintintin, c'est grotesque. Le chien vaut beaucoup mieux que ça. D’ailleurs, dans l’Antiquité, il était un animal mythologique, presque divinisé, et puis au Moyen-Age il a été un modèle de sainteté. J’ai voulu raconter ça. C’était ma manière de saluer la mémoire de mon chien. 

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Le fait que mon livre coïncide avec l'actualité n'était absolument pas voulu, mais il est assez incroyable. J'ai récemment appris que 2018 était l'année du chien, le film de Samuel Benchetrit vient tout juste de sortir, il y aura bientôt celui de Wes Anderson. Mon ami Nicolas Tellop vient d’écrire un merveilleux livre sur Snoopy, Snoopy Theory. Des artistes contemporains s'y intéressent également, Myriam Ben Salah, la rédactrice en chef de la revue Kaléidoscope m'a récemment contacté pour me dire qu’elle allait réaliser un portfolio sur le thème du chien... Mais après tout, si vous croyez comme moi que les chiens sont de grands mystiques, vous ne croyez pas au hasard !

Aujourd’hui je vis avec Maître Eckhart, un chien d’eau espagnol qui a été recueilli par une association formidable, Celtique Lévrier, quand il avait six mois. Il est apparu dans ma vie juste après que j'ai terminé le livre, comme si la nature avait, encore une fois, voulu bien faire les choses. » 

Chiens, de Mark Alizart, publié aux Presses Universitaires de France.

Eugénie Lefebvre & Renaud Charles

13 mars 2018, 16 h 33 : Nous longeons le canal de l'Ourcq en direction des Magasins généraux, nouvelle figure de proue de l'ébullition créative qui règne à Pantin. Un trajet qui ne manquera pas de résonner avec le discours d'Eugénie Lefebvre et Renaud Charles lorsque nous les rencontrerons, quelques minutes plus tard, dans la cafétéria de cet ancien entrepôt reconverti en centre de création. Respectivement Directrice de la publication et Directeur éditorial du « Guide des Grands Parisiens », ils nous ont donné rendez-vous pour évoquer leur ouvrage précurseur qui vise à réconcilier la capitale avec sa banlieue, à l'aube des mutations et des chantiers qui s'apprêtent à bouleverser nos usages de l'agglomération parisienne.

« Ce projet est né à la fois chez Enlarge your Paris et chez les Magasins généraux. Le Grand Paris étant un petit monde, nous nous sommes notamment retrouvés au cours d'un séminaire où l'on a évoqué cette idée de premier guide... Pour les gens, cette notion de Grand Paris ne veut pas dire grand chose : au mieux, il s'agit d'une couche administrative de plus ou d'un grand chantier de transports coûteux, dont on ne sait pas vraiment quand il verra le jour. Il nous semblait évident qu'il fallait créer et participer à un premier récit du Grand Paris présent et futur, tout en racontant une identité commune aux parisiens et aux habitants de la banlieue. Car aujourd'hui, si vous voulez découvrir le Grand Paris à travers un guide, il faut acheter le Routard qui va peut-être se risquer à parler des Puces et un guide de l'Île-de-France qui fait bien attention à ne pas évoquer Paris...

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Notre force réside à la fois dans notre subjectivité et le fait qu'il s'agisse de vécu, d'un condensé établi par les journalistes et les blogueurs qui sont venus nous prêter main-forte dans leurs domaines respectifs. C'est quand même fou de se dire que dans Paris intra-muros, des centaines de personnes écrivent sur les mêmes restaurants parce que c'est un faire-valoir. Chose que l'on ne ressent pas lorsque l'on a passé le périphérique... Il y a un gros problème d'imaginaire et d'identité, un regard très stéréotypé. Nous n'avons surtout pas voulu tomber dans l'écueil qui considère que la banlieue parisienne est en crise permanente. Nous considérons ces réalités sociales, mais également le fait qu'elles ne peuvent pas enfermer la banlieue dans un territoire souvent décrit comme une zone de non-droit, de violence et de drogue. C'est pour cela que nous avons choisi de débuter le guide par une série de photos d'atmosphères, qui racontent la diversité d'un territoire que l'on n'a pas l'habitude de voir en photo. Il fallait rétablir un certain équilibre : nous en sommes encore loin, mais c'est une première pierre et on est contents de l'avoir posée ensemble.

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Il y a un point de départ dans ce guide qui est la carte, qui nous a amenés à nous demander comment on allait raconter ce Grand Paris. On a voulu prendre une forme de subjectivité en s'appuyant sur la façon dont on vivait le territoire : la frontière du périphérique, qui a créé une zone intra et extra-muros n'est pas réelle dans le vécu des gens. C'est à partir de cette proposition de vision subjective que l'on a chapitré l'ensemble du livre. Beaucoup de gens n'ont aucune idée de ce qui se cache derrière Argenteuil, La Courneuve ou Châtillon. Quand on parle de Square XXL, de Delta ou de Petite Riviera, on a davantage idée de ce que l'on va y trouver. Cela a été possible d'établir cette carte car nous avons pu ressentir les identités qui se détachaient de chaque territoire. La Petite Riviera porte bien son nom : lorsque vous êtes sur les bords du lac d'Enghien-les-Bains avec dans le dos le grand hôtel qui ressemble au Majestic de Cannes, vous êtes vraiment dans une ambiance de bord de mer. Le Square XXL était une manière de dire que l'on a des parcs immenses, plus grands que le Luxembourg dans lequel on s'entasse à Paris dès qu'il fait beau... Pourtant, le parc de Sceaux, qui est dix fois plus grand et aussi beau, est lui aussi sur la ligne de RER B.

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On a dû faire des choix en sélectionnant des adresses qui avaient du sens par rapport à la ligne éditoriale de chaque quartier. L'idée est d'évoluer avec ce territoire, de développer une version digitale et de traduire le guide en anglais. On s'est permis de citer des adresses qui sont éphémères, c'est un peu l'almanach de l'année 2018, certains endroits n'existeront plus en 2019 et seront remplacés par d'autres. Notre Grand Paris fait 1 800 kilomètres carrés, tandis que Paris s'étend sur 100 kilomètres carrés... Cette ville génère beaucoup de stress au quotidien, il existe une tension que l'on ressent physiquement et qui a ses raisons. D'un côté du périphérique, on a 18 000 habitants au kilomètre carré, de l'autre 6 000 : ce Grand Paris est ce qui pouvait arriver de mieux à Paris pour souffler. Il est annoncé deux fois plus de touristes d'ici cinq à dix ans, en plus des 35 millions de touristes qui transitent déjà à Paris. Ce serait bien qu'ils sachent qu'ils peuvent aller faire du bateau sur le canal de l'Ourcq, faire du paddle à Joinville-le-Pont ou découvrir le parc Henri Sellier plutôt que de se battre sur un carré de pelouse d'un jardin public ! Et qui sait, peut-être que dans vingt ans Paris s'étendra jusqu'au Havre en passant par Rouen... Nous espérons en tous cas que l'imaginaire autour de la ville se sera élargi, que les gens auront cette carte-là en tête et qu'ils se diront : « Ce week-end, je vais dans l'Océan Vert ». À ce moment-là, nous aurons réussi notre pari.»

Le « Guide des Grands Parisiens » a été écrit par l'équipe de Enlarge your Paris (Renaud Charles et Vianney Delourme) et édité par les Magasins généraux (Eugénie Lefebvre et Aurélie Boué). Pour plus d'informations, rendez-vous sur https://grandsparisiens.com.

Félix Libris

12 mars 2018, 14 h 01 : Un invité un peu particulier s'apprête à nous rejoindre dans l'espace café de The Bureau, dans le 8ème arrondissement. Il s'agit de Félix Libris, la star internationale de la lecture à voix haute, comme il aime se présenter. Véritable pionnier en la matière, ce « lecteur sonore » s'attache à faire découvrir (entre autres) les classiques de la littérature en se produisant aux quatre coins de la planète. Il nous évoque ses débuts, sa technique pour s'approprier un texte et en profite pour nous dévoiler les bases de la lecture à voix haute... Morceaux choisis.

« J'exerce un des plus vieux métiers au monde ! Lire à voix haute pour les autres, c'est quelque chose que j'aime faire depuis tout petit. Lorsque j'ai commencé, j'ai rencontré des gens qui se produisaient dans un bar, mais à l'époque c'était assez mal vu et considéré comme ringard. On assimilait toujours les lecteurs aux comédiens et pour cette confrérie-là, c'était une honte suprême de faire ça. Puis, l'époque a changé, notre métier s'est développé, on a eu de la presse, des partenaires qui nous ont soutenus. J'ai désormais une équipe et une structure avec la maison de production Les Livreurs, qui compte des lecteurs, des musiciens, des écrivains... Tout le monde peut nous commander une lecture ou une conférence, des princesses du Maroc ou de Monaco en passant par des ouvriers, des entreprises, des théâtres ou des particuliers.

 

Devenir lecteur sonore n'est pas si facile que ça. C'est un peu comme la photo : si n'importe qui est en mesure de faire une photo, dans mon cas tout le monde sait lire. Il y a donc une confusion de la part du public car lire à voix haute est accessible à tous, c'est l'interprétation qui n'est pas facile. C'est pour cela que le plus souvent, les gens qui rejoignent Les Livreurs sont des personnes que l'on a formées. Il est assez rare que l'on nous envoie une bande audio qui soit géniale... Ceci dit, c'est un métier qui peut s'apprendre. J'ai remarqué que le talent ne servait à rien au départ : les gens qui partent de rien progressent beaucoup mieux, vont se former... Le désir est un moteur essentiel. Pour lire à voix haute, la première chose à faire est d'essayer de lire comme on parle. Les personnes ont tendance à lire faux et à utiliser un « ton lecture » qui remonte à l'école. Pour le reste, c'est comme la musique : chaque auteur a son style et son rythme, mais la base est de savoir parler juste, de faire simple.

 

Par exemple, tous les enregistrements actuels de Proust s'apparentent davantage à une lecture où l'on entend une reproduction de l'ambiance feutrée que l'on imagine être celle de l'auteur, alors que ce qui compte n'est pas l'histoire mais le style. Proust possède une écriture que ne peut que soutenir une diction exaltée, parce qu'il n'y a que les gens exaltés qui font d'aussi longues phrases avec des apartés extrêmement précis et qui essaient de rassembler une idée en très peu de temps, comme ça. Je pense qu'il faut le lire de manière extrêmement vivante. Au contraire, un Romain Gary écrit très simplement et arrive à dire beaucoup de choses avec des phrases et des mots simples. Dans ce cas, il n'y a pas de rythmique particulière, il faut arriver à enlever toute fioriture et à pratiquer la « lecture parole ».

 

Ce métier m'amène à lire dans beaucoup de langues : russe, allemand, anglais, espagnol, italien ou même iranien, ce que j'ai fait récemment. Cela nécessite de l'entraînement et un coach qui donne l'accent. Le plus gros travail n'est pas la prononciation mais l'intention, ce qui fait que même si on ne lit pas toujours très bien, les gens nous comprennent. Pour ce qui est du choix d'un texte, ce n'est pas tant le lieu qui m'inspire mais plutôt le public. On se demande toujours qui est dans la salle, de quel genre de personnes il s'agit. Ce qui fait que lorsque je vais en prison, je ne vais pas lire un texte sur l'évasion ! Dans une maison de retraite, cela va être des classiques, des Maupassant, qui les rassurent et qu'ils connaissent. Je serais incapable de ne faire qu'une seule chose : le fait d'enseigner à La Sorbonne, de donner des masterclasses, d'être sur scène, de produire, tout cela m'intéresse. Je ne crois pas à l'idée baudelairienne de l'artiste seul, qui doit être isolé de tout pour créer. Je me rapproche davantage de la vision du 18ème siècle de l'artiste qui est ancré dans le réel, qui se rend compte qu'il y a des factures, une TVA... La vraie vie, en fin de compte ! »

 

Félix Libris se produit régulièrement dans le cadre des Solo Théâtre créés par les Livreurs. Seul en scène, il fait entendre une pièce de théâtre en une heure, avec sa voix comme unique alliée. Pour plus d'informations, rendez-vous sur www.leslivreurs.com.

Iris de Moüy

9 mars 2018, 10 h 03 : Difficile de ne pas tomber sous le charme de l'univers d'Iris de Moüy. Ses illustrations épurées, espiègles et au trait sûr ont déjà conquis le monde entier, de Tokyo à Paris, à coup d'expositions et de collaborations. Loin de se cantonner à la seule activité de dessinatrice, Iris a choisi de distiller sa vision féministe au travers de livres pour enfants, qu'elle écrit et illustre. Elle nous a invitées dans son atelier pour nous présenter « Tutti Frutti », son dernier ouvrage, à la veille de sa sortie.

« J'écris beaucoup pour L'école des loisirs, notamment la collection « Mouche » qui regroupe les premiers romans pour les enfants qui commencent à lire seuls. Je suis auteure de tous mes livres mais je n'ai pas de formation littéraire, donc cela reste une espèce d'imbrication entre images et textes qui s'apparente davantage à un esprit qu'à une écriture. Je suis très portée par ma maison d'édition et j'ai davantage la sensation d'avoir des choses à exprimer que de faire une prouesse d'écrivaine. J'ai eu envie de me lancer avec une première histoire pour les plus grands. J'ai donc commencé à développer ce personnage de petite fille au travers d'un premier tome, « Drôle de fille ». J'avais encore envie d'avancer avec elle, car du fait du format du livre, je ne pouvais pas tout développer en un seul roman... D'où l'idée de « Tutti Frutti » ! Il y en aura sans doute un troisième, après je passerai à autre chose. J'avais vraiment à cœur de montrer une héroïne qui ne soit pas stéréotypée dans un genre. Même si cela paraît très actuel, la littérature de jeunesse reste un univers conformiste dans lequel il y a énormément de codes, aussi bien en ce qui concerne la narration que les personnages.

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Je suis extrêmement féministe et j'essaie toujours d'apporter un point de vue un peu différent sur la liberté de l'imagination ou le genre... Ce sont vraiment des choses qui me tiennent à cœur. J'ai toujours cette idée de montrer un garçon qui peut être sensible avec des caractéristiques dites féminines, et vice-versa. Dans ce nouveau livre, l'héroïne n'appréhende pas le monde comme tous les autres, elle est enthousiaste et libre mais est parfois confrontée à des épreuves difficiles, telles que le divorce de ses parents. J'aime montrer ces événements en me mettant dans la peau des enfants, qui n'ont pas notre regard trivial sur la vie.

Lorsque j'écris un livre, je pars toujours d'une idée visuelle. Pour le premier tome, c'était une petite fille qui arrive en sorcière dans une fête d'anniversaire où toutes ses camarades sont plutôt déguisées en princesses. Pour « Tutti Frutti », je suis partie du chewing-gum : c'est une image séduisante qui a un côté interdit et transgressif... C'est un peu le Graal à cet âge-là. J'imbrique ensuite cette image dans ce que j'ai à raconter. Comme j'ai à la fois la main sur le texte et sur les illustrations, il y a des moments où je choisis de dessiner quelque chose plutôt que de l'exprimer par des mots, ce qui est très agréable. C'est pour cela que je refuse quasiment tous les projets où l'on me demande d'illustrer un texte, à moins que cela colle vraiment à mon univers. Dans tous les cas, j'aime que le texte raconte quelque chose qui soit enrichi par le dessin. C'est une vision très ancrée à L’école des loisirs, qui a autant de respect pour les illustrations que pour l'écriture. »

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« Tutti Frutti » d'Iris de Moüy, sortie le 14 mars 2018 à L'école des loisirs. Iris de Moüy sera en dédicace à la librairie parisienne Chantelivre le samedi 24 mars de 11 h à 13 h.

Prune Cirelli

7 mars 2018, 10 h 02 : Prune Cirelli, qui a l'habitude de prêter ses illustrations poétiques à des magazines ou à des grands noms de la décoration, vient juste de signer un projet plus personnel. Réalisé en collaboration avec son mari Laurent Cirelli, le livre « Comme son ombre » revisite le conte initiatique pour en faire une histoire universelle. Elle a accepté de nous rencontrer à The Hoxton, dans le 2ème arrondissement, afin d'évoquer les origines de leur ouvrage, à quelques jours de sa signature au Salon du Livre de Paris. 

« Je suis illustratrice depuis 2012 mais ce n'est pas du tout mon monde au départ, puisque j'ai longtemps travaillé à Drouot en tant qu'experte en tableaux du 19ème siècle. Lorsque j'ai décidé d'en changer, je me suis immédiatement remise à dessiner. Je n'avais pas tenu un crayon depuis au moins quinze ans, il a donc fallu que je me constitue un book. Finalement, je ne saurais pas dire comment mais j'ai décidé de proposer une galerie de portraits de chiens à la créatrice Marie-Hélène de Taillac. Elle a adoré l'idée, et nous l'avons mise en place dans ses différentes vitrines à Paris, New York et Tokyo. De fil en aiguille, je me suis rendue compte que les animaux étaient ce qui m'était le plus confortable à dessiner.

« Comme son ombre » est un livre que mon mari Laurent et moi avons pensé et sur lequel nous avons travaillé très longtemps. Son thème l'avait beaucoup intrigué, puisque c'est un spectateur assez obsessionnel du film « Nocturne Indien » d'Alain Corneau, tiré du livre d'Antonio Tabbuchi. Dans lequel un des personnages évoque l'histoire de Peter Schlemihl comme quelque chose d'assez mystérieux, mais philosophique et fondateur. Nous avons gardé cela en tête pendant longtemps, sans y prêter attention, puis Laurent est retombé sur une allusion de Tabbucchi dans un livre. Nous avons fini par lire ce livre qui est un conte allemand du début du 19ème siècle. Outre son écriture ravissante et sa perfection stylistique, on y a trouvé quelque chose d'universel et d'éducatif. Nous nous sommes dit qu'il serait intéressant d'écrire un livre pour enfants qui soit aussi un récit édifiant. Laurent a pensé à cet aspect très philosophique de l'histoire, tout en ayant envie de lui insuffler une dimension contemporaine. Comme je travaille beaucoup les illustrations d'animaux, nous avons pensé que ce serait un bon vecteur car ce n'est pas daté et même si chaque animal a sa personnalité, ils véhiculent instantanément de la sympathie.

En parallèle de mon travail d'illustratrice, j'ai rencontré un certain nombre d'auteurs et d'éditeurs, ce qui m'a donné l'occasion de leur demander si nous étions dans la bonne direction et d'affiner au fur et à mesure. Nous avions conscience du fait qu'il y avait énormément de travail pour faire aboutir le livre mais cela nous paraissait compliqué d'y arriver seuls, sans rien connaître de l'univers des livres pour enfants. Cela a évolué doucement, jusqu'au jour où nous avons rencontré Delphine Monteil, la fondatrice de l’Étagère du Bas, une maison d'édition à la sélection qualitative et esthétique. Dès le départ, nous tenions à faire de ce livre un bel objet, que l'on pourrait laisser traîner sur la table du salon. Elle a immédiatement saisi le côté un peu désuet et nostalgique que l'on souhaitait lui insuffler. J'avais envie du même genre de livres que ceux que je lisais dans la maison de campagne de ma grand-mère, dans lesquels les textes sont allégés par des images, afin que cela ne soit pas insurmontable pour un enfant. Connaissant très bien son métier, elle a tout de suite su nous dire ce qu'il fallait expliciter, développer, retravailler... Par exemple, l'idée de la couverture, avec son jeu d'ombres et sa texture, nous est venue ensemble, au fil de nos échanges. Finalement, notre grande chance a été d'être sur la même longueur d'ondes du début à la fin, et que tout se fasse progressivement et naturellement. »

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« Comme son ombre », établi par Laurent et Prune Cirelli, paru aux éditions de L'Étagère du Bas. Vous pouvez retrouver ses auteurs au Salon du Livre de Paris le 17 mars de 10h à 13h et au Tigre Yoga Club du 16ème arrondissement le samedi 24 mars dans la matinée.